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  • shellac @ espace julien, marseille

    25 maj 2011, 11:30

    Mar. 24 mai – Shellac

    Ça a commencé avec Helen Money, une salle pas tellement remplie et des gros verres de bières. De loin, Helen Money ressemble à Kurt Kobain, le visage enfoui derrière des cheveux, certes plus propres, et un violencelle contre le poitrail. En s’approchant, elle se métamorphose plutôt en Kim Gordon, quincagénaire blonde aux traits fermés, doc martens aux pieds, mâchoires serrées – et foutrement rock’n roll. Parce que quand Helen joue, elle assène de grands coups d’archets qui font hurler le violencelle, sur une base sonore pré-enregistrée, mélange ingénieux de classique et de noise.

    On attend Shellac, un disque de Rage Against the Machine tourne en fond sonore, la scène suit la configuration ordinaire : pas de retours, le trio joue sur le devant de la scène, la batterie en plein milieu, et les deux autres musiciens de chaque côté. Le bassiste arrive : « je m’appelle Robie, répétez après moi » (en français dans le texte) et le public de répéter « je m’appelle Robie ». Il profitera des écarts entre chaque morceau pour interagir avec le public, en anglais cette fois, recevant questions et taquineries. Aussi, à la question « pourquoi jouez-vous à Marseille ? » il répond « parce que Marseille nous paie » puis « on avait envie d’aller à Barcelone en passant par la Méditerrannée », il fait allusion à un morceau qu’il aime bien, à propos de Marseille, et se réjouit du public qui raconte n’importe quoi. Ça joue. Shellac joue. Le son est brut et radical, sans compromis ; Todd à la batterie est un monstre charismatique débordant d’une violence sans nom. La salle s’est bien remplie et Steve, la guitare attachée autour de la taille, s’excite sur le micro « Can you hear me now ? It’s the end of radio ». Dans les premiers rangs, quelques verres volent et les têtes remuent. On se cherche sans trop y parvenir - le pogo aura duré deux minutes - un type tente même un stage-diving sans grande conviction mais tout le monde est visiblement énergique et content. Shellac est cette lente dose d’adrénaline qui monte, qui monte. Qui parfois éclate. Puis qui monte encore. Ils jouent longtemps, font un sans faute. Et quand deux fans se mettent à crier « We want a Big Black song ! We want Kerosene » Todd lâche ses baguettes et déclare, l’air désabusé : « Kerosene’s a drums machine » et il s’en va. Se fait désirer. Revient. Annonce : « You can’t go to a Shellac concert and ask Steve to play a Big Black Song. It’s like going to your mother saying : oh please, would you fuck dad again ? ». Bien entendu, après quelques introductions de morceau avortées - pour rendre le public hystérique - et lorsque la tension est enfin au maximum, ils jouent Kerosene. Je fusionne dans une masse folle de gens devenus fous, je deviens folle, le batteur est fou, Robie crie. Et s’en suit une longue désintégration de la scène dont les éléments sont enlevés au fur et à mesure par Steve et Robie tandis que Todd continue de tabasser ses percussions de ses baguettes à courte durée, pour se retrouver finalement seul devant sa caisse claire, dérobée à son tour, scène nue, et c’est la fin, et ça n’appelle aucun rappel, c’est efficace, et foutrement bien.

    photos ici: http://www.flickr.com/photos/n_ymphe/